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Honneur au père

antonella giacon

Je ne sais pas
Pourquoi je t’appartiens
Parfois
Comme une maison héritée
Parfois
Comme une douleur aiguë
Entre les omoplates
Une scission
Là où autrefois
Se tenaient les ailes

La petite fille
Qui rit sur la photo
C’est moi
Dans une autre vie
Je revis ainsi
Dans tes bras
Qui élèvent mon corps
Vers le ciel

Mon père dansait
Cet été-là
Et sans hâte
Il tenait mes mains
Dans ses mains

Maintenant tes mains
Sont de papier
Où l’encre de tes veines
Diminue
Et je lis dans ton étreinte
Tous tes signaux
Pas de mots
Il a le souffle
Qui s’accélère
Vers l’ avant
Où je ne suis pas

Ces cartes
Que tu tiens entre tes mains
Sont les samedis
Que tu passes avec nous lointain
Je ne sais dire si le prix le valait
De compter toutes ces couleurs
Qui ne rapportaient rien.

Ton train repartait
Ton train revenait
Juste au milieu
Des retards
Des verrières gelées
Des coups de coude
Restant debout
Toilettes détériorées et occupées
Ton train repartait
Ton train revenait
Chaque jour enfilé
Juste sur les rails
Ton journal dans ton sac
Tes lunettes dans leur étui
Et dans ces moments volés
Entre brouillard et arbres
Fossés, clôtures, canaux
Ton train repartait
Ton train revenait

Un jour
Tu as voulu
M’habiller
Tu as mis
Mes chaussures à l’envers,
La gauche pour le pied droit
Et à mes larmes
Tu as répondu
«  Ne fais pas d’histoires »
Marche
Jusqu’au soir
Je me suis torturée
Par ton erreur
Jusqu’à en prendre l’habitude J’étais ignare
Tu étais ignare
Que ce geste était
Un destin

Père
Je te donne
Ma langue
Ma petite langue
Qui bredouille
Souffle dedans
Donne-lui la vie
Chacune des paroles
Que tu as dites

Que je puisse les répéter
Qu’elles deviennent miennes
Chaque jour
De plus en plus.

Traduit par Marina Spazzi

Antonella Giacon est née à Padoue. Diplômée en pédagogie, elle réside à Pérouse où elle travaille comme enseignante et formatrice en écriture créative et didactique de la poésie dans les écoles et collèges. Elle fait partie des membres fondateurs de l’Association poétique « IL Merendacolo », et dirige des cours d’écriture créative pour des groupes d’enfants, d’adolescents et d’adultes depuis treize ans. Beaucoup de ses poésies en dialecte vénitien ont été publiées sur des revues, parmi lesquelles  « Tratti » et « diverse lingue ». Elle a publié en 1994 son premier recueil poétique Sottopressione (Fara Ed.) et en 1996, son roman Fatata Fonte est arrivé finaliste dans la catégorie inédits du prix d’Assises. Son dernier recueil poétique Pegno d’amore date de décembre 2001(Ed. Corsare) et de septembre 2005 son livre Piccoli alberi, piccole albere (Effatà ed.), qui propose aux enseignants de l’école primaire un parcours intégré d’écriture créative et de thérapie par la danse et le mouvement en collaboration avec l’experte Elisabetta Forghieri. Dernièrement ses intérêts s’orientent sur les interactions possibles entre l’écriture, le théâtre, la photographie, la musique et le mouvement expressif, avec la participation à des lectures publiques, des représentations, des spectacles théâtraux dont elle est également metteur en scène.

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Anno 3, Numero 13
September 2006

 

 

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